Jeudi 8 octobre 2009
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Chapitre 6
Solitudes et dérangements
Dans la noirceur d'une bibliothèque de Castel Merrinec, cachée dans un vieux livre, une entité triste, fermée et terriblement maligne avait été dérangée. Elle qui avait si longtemps fui la
compagnie des vivants, avait été contrariée par l'un d'entre-eux ! Sa noirceur avait pourtant protégé son royaume avec nombre de sortilèges obscurs et repoussants. Elle avait puisés parmi les
enchantements les plus inquiétants et les plus détestables que son très long règne lui avait permis d'accumuler. L'entité oubliée tissait sa propre forme de magie, un mélange subtil de mots
gutturaux et de liens rêches. C'est dans cet art sec et malfaisant qu'elle prenait un des seuls plaisirs que sa vie recluse lui permettait. D'aussi loin qu'elle se souvenait, elle n'avait que
mépris et condescendance pour les vivants. Elle détestait, elle exécrait tout sauf peut-être la magie. Mais la sienne était la seule véritable. Quand elle évoquait celle des Gnomes ou des
Dragons, il se produisait des grattements étouffés dans le vieux livre qu'il était difficile de prendre pour un rire. Quant à la sorcellerie humaine elle n'y voyait rien de mieux qu'une
gesticulation. Cette forme démoniaque était vieille. Son existence s'était étirée au point de n'être à peine plus qu'une ombre. Une demi-substance dont le nom s'était perdu au cours des âges.
Tout juste un esprit gorgé d'une fière amertume. Son aspect pouvait paraître frêle mais il ne fallait pas s'y tromper car sa détermination était effroyable. Son cœur s'était fané avec le temps,
remplacé par une haine froide et une grande érudition. Ce mélange étonnant faisait d'elle une menace pour les vivants. Elle savait ce que redoutent les vivants ; elle connaissait aussi ce que
craignaient les autres. Heureusement pour eux, l'ombre du vieux manuscrit était tournée vers la solitude et non vers la gloire ou la domination. Pour préserver sa tranquillité, elle avait tout
d'abord placé de petits enchantements assez loin de son domaine. Ceux là, elle les avait semés pour qu'ils obscurcissent les vitres, ternissent la clarté des lampes et refroidissent l'atmosphère.
Dans les couloirs environnants, semblables à des parasites, ils avaient grandi et prospéré en se nourrissant de la vie de ceux qu'ils tourmentaient. Il n'y avait là rien de très méchant, ni de
véritablement douloureux, juste de petits tours bien désagréables. Une sorte de cruauté ordinaire. Ces petits tourments rendaient déplaisants les alentours de sa bibliothèque. Mais, à mesure que
l'on se rapprochait de son antre, les sorts se faisaient plus rudes. Le démon avait tendu la "toile de gratte " dans tous les couloirs qui menaient à son repaire. C'était un enchevêtrement
de cordelettes molles et irritantes auxquelles il avait joint une syllabe de famine. L'ensemble était invisible, mais attendait à la manière d'une grande toile d'araignée l'esprit de celui qui
viendrait s'y prendre. Les pensées de l'intrus se chargeaient alors de tristesse et de mélancolie. Le sort s'en alimentait et empaquetait petit à petit les derniers souvenirs de sa victime. En
quelques instants les motivations du gêneur se retrouvaient ficelés en un petit cocon arrimé dans un recoin du cerveau. Le pas de l'intrus devenait alors hésitant, sa destination incertaine. Il
cherchait ce qui avait bien pu l'amener dans les couloirs les plus froids et les plus sombres de Castel Merrinec...
Par zedombat
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Publié dans : Roman sans titre encore...
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