Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /Oct /2009 17:21

Quand on a huit ans, on aimerait faire du tir à l’arc ou de la batterie. Mais quand on a huit ans il faut d’abord se muscler le dos pour utiliser un arc ou apprendre le solfège pour jouer de la batterie. C’est pénible -pour ne pas dire autre chose, je sais. Moi, j’ai huit ans et pour la batterie ou le tir, il me faudrait deux bras. Alors oui je peux le dire c’est ch…de n’en avoir qu’un.

En fait, j’en ai un peu plus d’un. On m’a greffé un bidule. Avec lui, je peux courir grimper aux arbres, jouer à la marelle…Le bidule, c’est presque une partie de moi en fait.

Le médecin m’a expliqué que j’ai de la chance de l’avoir. Moi j’ai dit que la chance ça aurait été d’avoir deux bras. Il a souri le médecin. Les médecins, ça sait sourire. J’avais pourtant rien dit de drôle. Il a dit aussi qu’avant -au début du siècle, les bidules n’existaient pas et que les enfants comme moi devaient se débrouiller sans. Le siècle doit être une grosse assiette où on empile les années. Moi, je suis né en 2033 et j’ai huit ans et un bras en allihache léger : un bidule.

D’habitude, je vais à l’hôpital pour le réglager. Je pose mon bras-bidule sur un plateau branché à un ordi et une dame ajoute des petites masses ici sur le côté et là, dessous. Après je dois sauter, courir, me tenir sur un pied. C’est marrant ! Quand c’est fini, on débranche le bidule de l’ordinateur et c’est plus facile de bouger. C’est un peu magique. Sauf que mon bras il est toujours en allihache gris et qu’il ne fait pas mp3. Demain, on le change Peut-être que mon nouveau bidule sera noir et que je pourrai écouter de la musique avec…

Je dois bien me reposer a dit l’infirmière. N’empêche que je ne dors pas à cause de ce bruit dans le couloir. Je me demande ce que c’est qui gratte. Parfois, ça trottine. C’est pas discret ! Moi, je dois me reposer avec tout ce bruit ! Si ça continue, je vais me lever !

Dehors il n’y a rien, personne. Les ‘bots-soigneurs se sont rangés au bout du couloir. Il y a de la lumière dans la salle des infirmières, en face. Sans faire de bruit, e les laisse derrière moi. À la maison, j’ai l’habitude de boire sans activer aucun ‘bot-cuisine…. Le couloir est éclairé par de petites loupiottes près du sol. Le temps que je les regarde et ce qui faisait du bruit s’est sauvé par la porte.

Zwip ! Je glisse à cause de mes chaussons en tissu. Je vais me taper la tête dans cette fichue porte qui vient de se refermer. Plofc ! L’allihache de mon bidule encaisse le choc.

Ça gratte dans l’escalier. Je referme la porte doucement avec mes petits doigts métalliques: Il ne s’agit pas de se faire pincer la nuit avant l’opération. Les bruits dans l’escalier s’éloignent vers le haut : Je monte.

Le couloir est très large ; les chambres n’ont pas de porte. Le jour où j’étais venu, j’avais vu tout le mur disparaître dans le plafond pour laisser circuler les gens et les ‘bots-soigneurs.

Un clignotement vert: c’est le témoin de veille d’une machine. Elle ne doit pas avoir de capteur de détection : elle reste là. C’est un gigantesque portique en allihache sur des grandes roues. Ces gros ‘bots soignent mieux et plus vite les appendicites que les humains, m’avait dit le médecin. Moi, j’ai jamais eu l’appendicite… La double porte au fond du couloir a bougé.

Si je vais me recoucher, peut-être serais-je tranquille et dans trois ans, quand je reviendrai pour changer de bras, je pourrai courir plus vite et…

Je traverse le large couloir moitié glissant, moitié courant. Je pousse la porte doucement. Que vais-je trouver ? D’autres portiques pour d’autres maladies ? Ça ne ressemble pas au reste de l’hôpital. Il y a une grosse machine orange et bleue. Elle est comme une immense cafetière très usée avec des pattes d’araignée. Si ça se trouve, je suis arrivé dans la centrale atomique de l’hôpital. Derrière une des pattes, il y a un monsieur qui se cache. Il est vraiment nul en cache-cache ! Il se croit peut-être dans un dessin animé ? En vrai, je vois son ventre et une bonne partie de sa tête.

Je m’approche: c’est un malade qui se promène comme moi la nuit dans l’hôpital. Il a vraiment mauvaise mine…

- Eh ! Monsieur ! C’est toi qui fais tout ce boucan à mon étage ?

J’essaie de faire ma voix la plus gentille à cause de la tête qu’il fait. Comme s’il avait peur d’être grondé…

- Pas peur jeune blurz. Ne faire aucun mal.

Lequel des deux a le plus peur ? Je veux juste me reposer par ce qu’ils vont m’endormir demain.

- J’suis pas un bluz ! Vous êtes somnambule ? Mon papa, ça lui arrive de marcher dans son sommeil. Il dit que ça porte bonheur. Mais…

Je me rends compte que ce monsieur n’est vraiment pas grand et qu’il a une grosse tête. Ses lèvres bougent. On dirait un sourire.

- Si pas peur, m’accompagner?

Vert comme il est, il ne doit pas être bien méchant. Je fais oui de la tête. Ses mains n’ont que quatre doigts comme celle de mon bidule, mais les siens ne sont pas en alliache.

Des images se bousculent dans ma tête. Dans un laboratoire il y a des hommes qui cherchent. Il y a aussi deux petits êtres verts qui ressemblent drôlement au petit monsieur. C’est peut-être des martiens ? À chaque fois que les humains sont proches d’un petit bonhomme vert, il se passe de drôles de choses. Les hommes se mettent à écrire plus vite ou à parler avec plus de gestes. Comme s’ils avaient trouvé quelque chose. Mais ils ne font pas attention aux martiens. D’ailleurs les martiens sont-ils vraiment là ? Tout à coup ils disparaissent pour de vrai. Les hommes n’ont rien remarqué. Puis, je vois la grosse cafetière replier ses pattes et s’envoler. Drôles de visiteurs !

Quand je me réveille avec mon nouveau bidule, je vois tout de suite qu’il a une prise avec le logo …Assis sur le bord du lit, papa a l’air ravi :

- Cette nuit, un chercheur a trouvé un moyen pour faire repousser les bras ou les jambes. C’est incroyable !

Moi, je crois savoir d’où vient cette découverte. Je souris. Je crois que je ne regarderai plus jamais le ciel et les étoiles de la même manière…

Par zedombat - Publié dans : Contes
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